Et non, petite Gabrielle,
il n’y a toujours pas de dent pour garnir tes gencives. Pas la moindre. Pas encore.
Nous attendons. Nous
patientons. En attendant, nous te regardons grandir, petite fillette de nous. Et tu ne cesses de le faire. Tu te tiens assise maintenant, sans aucun problème, et tu te retournes de plus en plus.
Dans ton lit, et aussi dans ton parc, ce qui nous oblige à être assez vigilants en ce moment, parce que chaque fois que nous jetons un œil dans ta direction, petite Gabrielle, c’est pour
constater que tu es allongée sur le ventre, appuyée sur tes deux petits bras, ou bien la tête posée sur ton tapis (ou matelas), tournée vers nous, avec un grand sourire affiché sur ta jolie
petite frimousse.
Mais nous devons faire
attention tout de même, pas que tu restes bloquée sur le ventre, et que tu ne puisses plus respirer, la tête enfouie dans je ne sais quel bout de tissu qui serait dessous toi. C’est une étape à
franchir, et après celle-ci, il y en aura une autre. C’est comme ça. C’est la vie, petite Gabrielle. C’est pour cela que tu as deux parents, petit amour de nous, pour veiller sur toi et t’assurer
que tu ne risques rien, ou le moins possible, quand tu es avec nous.
C’est comme ton attirance
pour les cascades en tous genres, petite Gabrielle. Tu adores te jeter en arrière lorsque tu es sur mes genoux, ou bien te jeter dans le vide tête la première quand tu es sur mes genoux (il s’en
passe des choses lorsque tu es sur mes genoux, petite Gabrielle…) et que tu sais que je vais te tenir, et t’empêcher de tomber et de te faire mal.
Ou encore, quand tu joues
dans ton parc ou sur ton tapis de mousse que j’ai installé dans la cuisine, à côté de la cheminée, pour que tu joues avec nous et que tu aies bien chaud à côté du bon feu, tu te jettes en
arrière, sans peur aucune, la tête la première qui s’enfonce dans les oreillers que nous disposons tout autour de toi.
On sent bien que tu ne t’es
pas encore cogné la tête ou quoi que ce soit d’autre encore, et que tu ne connais pas encore le concept de douleur, parce que crois-moi, quand cela arrivera, et cela arrivera forcément un jour,
ma pauvre petite Gabrielle, et que tu auras conscience que tes jeux de cascadeuse peuvent aussi faire bobo, tu seras moins frénétique dans tes mouvements, petit bébé de
nous.
Parce que là, tu fais la
folle avec un grand sourire, et tu ris à gorge déployée quand tu sens les oreillers ou les bras de papa amortir tes chutes, mais comme je l’ai dit plus haut, tu commences à te retourner, et à
faire des roulés-boulés quand tu joues par terre, alors je m’attends à ce que tu te cognes d’ici peu, même si nous faisons tout ce que nous pouvons pour l’éviter, et que tu te fasses ta première
bosse, qui viendra peut-être avant ta première dent, qui sait ?
L’autre jour, nous avons
assisté, ta maman et moi, à une scène extraordinaire, que je me dois d’immortaliser dans ces quelques lignes, petite fierté de nous :
Ta sucette officielle, à
force de la trimballer partout, à la maison, dans la voiture, chez nounou, à force de pomper dessus à tout va, de la faire tomber par terre (tu as tendance en ce moment à tout jeter par terre,
surtout lorsque tu es assise dans ta chaise bébé), bref, de lui faire vivre une vie de sucette, ta sucette officielle, donc, comme je le disais, commençait à souffrir un peu physiquement, et
surtout à avoir une drôle d’odeur, ne me demande pas pourquoi.
Et donc, nous avons décidé
de t’en donner une autre, et ça s’est passé un soir, avant d’aller au dodo, alors que ta maman venait de changer ta couche, tu étais assise sur ton matelas à langer, dans la chambre, et je t’ai
donné ta nouvelle sucette.
Et c’est là que nous avons
compris qu’une sucette est un objet primordial pour un petit bébé tel que toi, Gabrielle de nous.
Tu as pris la nouvelle
sucette dans ta main, et tu l’as observée en silence pendant une longue minute, la tournant dans tous les sens, la regardant, l’observant, sa forme, sa couleur, puis tu l’as secouée un peu pour
voir si elle faisait du bruit, et en effet elle fait du bruit quand le petit anneau de plastique frappe le support de la tétine. Puis tu a posé ta langue dessus, pour voir quel goût elle avait, à
plusieurs reprise, un peu méfiante, et tu à continué à l’observer, telle une experte en la matière, la soupesant, vérifiant son ergonomie, puis tu as mis la tétine dans ta bouche, une seconde à
peine, comme pour vérifier la mise en bouche de la chose, puis tu l’as observée encore, puis remise en bouche, plusieurs fois de suite, avec des temps de plus en plus long, et finalement tu l’as
mise n bouche définitivement, et tu as tendu tes petits bras vers nous pour qu’on te mette au lit.
Ta nouvelle sucette était
adoptée.
C’est une scène qui était
tout bonnement incroyable à regarder. Et ta maman et moi sommes restés à t’observer, en silence, durant les deux ou trois minutes qu’ont duré cet instant unique, puis nous nous sommes regardés,
et nous avions tous les deux beaucoup d’émotion dans les yeux.
Tu as neuf mois et demi
maintenant, petite Gabrielle, et nous sommes en décembre, la neige est tombée déjà, et nous commençons à penser aux cadeaux que nous allons demander au père Noël pour toi, petit trésor de
nous.
Je ne sais pas ce qui te
ferait réellement plaisir, parce que tu n’es pas encore atteinte de la fièvre de la consommation qui est l’apanage de notre société, mais je sais que tu adores tes petits jouets en plastique,
notamment celui que nous avons trouvé il y a deux semaines à la bourse aux jouets de notre village, un escargot qui fait de la musique, et dans lequel tu peux mettre des cubes en forme de nuage,
d’étoile ou de triangle. Bien sûr, tu n’y arrives pas encore, mais tu adores farfouiller dans le corps de ton gros escargot et aller chercher les cubes que papa et/ou maman mettent
dedans.
Tu les retires, les mets
dans la bouche (hé hé hé…) et tu les jettes au loin. Surtout quand tu es assise dans ta chaise bébé, tu les envoies voler au loin, et comme ils sont creux ils font un boucan d’enfer quand ils
heurtent le carrelage de la cuisine et qu’ils rebondissent à qui mieux-mieux jusque sous les meubles, ce qui m’oblige à ramper sur le sol de plus en plus souvent !
Pour Noël, comme tu fêteras
bientôt ton premier anniversaire, (hé oui, déjà, le 15 février prochain, belle petite Gabrielle…) je crois que le père Noël t’apportera un gros jouet que tu pourras monter dessus et qui roulera
et que tu pourras te balader dans toute la maison avec.
Qu’en penses-tu, petite
Gabrielle ? Es-tu d’accord pour cogner tous les meubles de la maison, prendre tes premières gamelles de jeune pilote, et nous faire rire pendant des heures avec
ça ?
Allez hop ! J’envoie
une lettre de ta part au père Noël dans la foulée.
Je te donne des nouvelles
dès que possible, petite Gabrielle…