Mon cher bébé,
J’espère que tu vas bien et que tu as profité de ton temps de repos pour bien te fortifier, et surtout
pour songer un peu à l’histoire que j’ai commencé à te raconter hier, celle de ma rencontre avec ta maman.
Alors, si tu le souhaites, je vais te dire la suite aujourd’hui. La suite, mais pas la fin, car j’ose
croire que celle-ci n’en aura pas. En tous cas, je l’espère de tout mon cœur, surtout si tu dois en être une part importante, un chapitre essentiel, ma belle petite chérie…
Enfin, ne mettons pas la charrue avant les bœufs, comme on dit, et contentons-nous de poursuivre depuis
l’endroit où nous nous sommes arrêtés hier…
Donc, suite à notre premier déjeuner, je me sentais mal dans mes chaussettes, car comme tu l’auras
compris, je ne correspondais en rien à l’idéal masculin de ta maman, du moins tel qu’elle me l’avait clairement stipulé alors. Néanmoins, malgré mes disgrâces multiples, ou peut-être grâce à
elles, nous avons continué à déjeuner ensemble durant nos journées de travail, de temps en temps, puis un peu plus souvent, puis enfin tous les jours, comme ça, de la façon la plus naturelle du
monde.
Nous avons ainsi pris le temps de nous connaître, de nous apprécier mutuellement, et de passer ensemble
quelques bons moments, car en sus des pauses déjeuner, il nous arrivait de nous promener un peu, de faire les boutiques ensemble, de donner notre avis sur les choix de l’autre, etc.…bref, nous
devenions un peu plus proche chaque jour, jusqu’à ce fameux jour où…
Ce fameux jour, un vendredi après-midi il me semble, le week-end approchait, que j’allais souhaiter à ta
maman avant de rentrer chez moi, et là, dans la conversation, je ne sais pourquoi, nous glissons une anecdote sur Michel Polnareff, qui devait venir chanter quelques semaines plus tard dans notre
ville, lors de la tournée de son triomphal retour. Polnareff n’avait pas donné le moindre concert en France depuis 35 ans, et je voulais absolument le voir.
Seulement dans mon esprit, tous les billets étaient vendus. De son côté, ta maman rêvait d’aller
l’écouter aussi, mais ne trouvait personne pour l’y accompagner. Un coup d’œil sur Internet nous apprit qu’il restait, ô miracle !, encore des places, et nous décidâmes, ta maman et moi,
d’aller au concert ensemble.
Et c’est ainsi, grâce à Michel Polnareff, que je salue vivement à travers ces quelques lignes, que ta
maman et moi sommes devenus des amis en plus d’être des collègues de travail. La perspective de cette sortie nous a amenés à nous voir en dehors des heures de bureau, de plus en plus souvent, et
de manière plus intime, c’est-à-dire qu’on se rendait visite l’un chez l’autre, que l’on se présentait aux amis et à la famille, toujours en amis bien sûr, mais tout de même les choses se
mettaient en place, lentement mais sûrement.
Du moins c’est ce que je croyais.
Car nous étions et devions rester avant tout de « bons amis », et rien de plus. C’est ce que
ta maman m’a dit un soir au téléphone, lors d’une conversation qui dura plusieurs heures. Alors que moi je savais que ta maman était la femme de ma vie. Comment je le savais ? Une voix
intérieure qui me l’a dit, tout simplement. La voix de qui, je ne saurais te l’affirmer avec certitude, mon beau petit bébé, mais peut-être bien était-ce la tienne, qui
sait ?
Alors nous avons continué à nous voir en « bons amis », multipliant les sorties, les soirées
et les rendez-vous, et ce durant plusieurs mois, de longs mois, de très longs mois, d’interminables mois pendant lesquels je me rongeais les sangs, ne mangeant presque plus, dormant quelques
minutes par nuit à peine, imaginant les pires scénarii…et si ta maman rencontrait quelqu’un d’autre, pendant que nous nous contentions d’être de « bon amis » ? Un abruti de
première classe qui prendrait ma place et qui ne le mériterait pas comme moi je l’aurais mérité ?
Je peux t’affirmer, mon doux bébé, que j’ai vécu de bien drôles de moments, grâce à la ténacité de ta
maman, qui ne voulait pas entendre parler de moi autrement qu’en « ami ».
J’ai arrêté de fumer, je me suis remis au sport pour perdre le superflu et le reste aussi, je me suis
remis d’équerre du mieux que je pouvais pour la faire changer d’avis, mais rien n’y faisait, car ta maman, qui avait décidé de vivre seule et de profiter à fond de sa vie (ce que je pouvais
comprendre mais dans un monde parallèle si elle voulait), m’a dit un jour que si elle devait se remettre avec quelqu’un, ce serait avec quelqu’un comme moi, mais pas moi…Comment voulais-tu que je
prenne la chose, autrement qu’en devenant fou ?!! Quelqu’un comme moi, mais pas moi…j’ai cru mourir.
Mais heureusement, les choses se sont bien terminées, puisqu’aujourd’hui, nous sommes là tous les deux
pour en parler, preuve que tout s’est arrangé pour le mieux. Et ce mieux, si tu le veux bien, je te le raconterai la prochaine fois que nous nous verrons, car c’est une longue histoire que je
m’apprête à te raconter, et je n’en suis qu’aux prémices, et je ne peux tout te dire en un jour.
Pour te garder un peu plus longtemps, je peux étirer mon histoire indéfiniment, ce sera nos « Mille
et une nuits » à nous, si tu veux, mon joli petit bébé. Es-tu empressé de connaître la suite ? Dans ce cas, laisse-moi te dire que la patience est la plus grande des vertus, et
l’attente le plus beau des plaisirs…
En attendant demain, je te souhaite plein de belles choses, mon beau petit bébé. Ta maman, qui a fini
par dire « oui », et moi t’embrassons bien fort et pensons fort à toi.
A très vite.
Ton papa.
Vous dites?