Bonjour mon petit bébé,
J’espère que tu te portes bien, et que tout va pour le mieux pour toi. Je sais, voilà quelques jours que je ne suis venu te rendre une petite visite, mais il
s’est passé tant de choses ces heures dernières, tant de choses que je dois te raconter, que je ne sais par où commencer !
Ce fut un court week-end, mais qui semble bien long tant il fut bien rempli. Alors, ma foi, je crois que le plus simple est de commencer par le début, qu’en
penses-tu, ma jolie petite fille ?
Tout d’abord, vendredi après-midi, nous sommes allés, ta maman et moi, affronter le terrible monstre des allocations familiales, c’est-à-dire que nous nous
sommes décidés à nous rendre personnellement dans les bureaux de la CAF afin d’y récolter le plus de renseignements possibles et imaginables, pour que, une bonne fois pour toutes, nous puissions
prendre notre décision ferme et définitive quant à ton futur mode de garde.
Parce que, et je le déplore autant que toi, mon beau bébé, mais une fois arrivée parmi nous, nous pourrons, surtout ta maman, nous occuper pleinement de toi
pendant quelques semaines seulement. Après cela, il nous faudra retourner au travail, et donc te confier, durant la journée, à une nourrice qui prendra soin de toi pendant notre absence
professionnelle. Ce n’est pas que ça m’enchante vraiment, mais nous n’avons pas le choix. Du moins si, nous l’avons, bien évidemment, mais nous avons beaucoup de paramètres à prendre en compte,
et surtout nous devons veiller à ce que nos décisions soient avant toute chose les meilleures pour toi.
Bref, nous devons penser à ton bien-être d’abord. Et pour ce faire, nous avons été reçus, finalement très vite, bien plus vite que ce à quoi nous nous
attendions, par un jeune homme extrêmement sympathique qui a pris le temps de bien tout nous expliquer, concernant nos droits et nos devoirs attendus de l’Etat pour que nous puissions t’élever au
mieux. Et nous avons eu toutes les réponses que nous étions venus chercher, et surpris d’avoir été servis aussi prestement, je commence à douter du bien fondé de l’abominable réputation de ce
service administratif, qui dit que pour avoir accès aux informations qui nous intéressent, il faut y passer la journée à attendre, attendre, et attendre encore, pour bien souvent être débouté en
dernière ligne droite, car bien sûr, il nous manque toujours le papier indispensable dont personne de compétent n’a jugé bon de nous avertir de justifier…
C’est une prose bien alambiquée que voici, mais elle résume bien ce que la majorité d’entre nous pensons des Allocations Familiales. Pour ma part, bien que
pétri de mauvais « à priori », je dois reconnaître que pour une fois, il est très agréable de se tromper…
Cette délicate question de ton avenir étant (presque) réglée, nous avons pu, ta maman et moi, nous attacher à la deuxième partie de notre week-end, qui
s’avérait bien chargée, surtout en émotions. Je devais d’abord attendre ma petite sœur, ta tante Myriam, qui venait passer deux jours à la maison, pour nous voir, bien entendu, mais surtout avec
le doux espoir de rencontrer son idole de toujours, j’ai nommé Harrison Ford, qui était l’invité d’honneur du dernier festival de cinéma de Deauville, ce dont je t’ai déjà parlé, mon beau bébé,
souviens-toi. Ce devait être la semaine dernière, si ma mémoire est bonne. Et je t’ai même promis de te faire découvrir non seulement le cinéma, mais aussi et surtout les films d’Harrison Ford,
du moins ceux que je jugerai bon de te laisser regarder, du moins lors de tes premières années de jeune cinéphile en herbe, ce qui est un pléonasme, je sais. Mais soit écrit entre nous, ma belle
petite fille, il n’est jamais trop tôt pour se confronter aux joies et aux délices de la langue française, qui sera dans quelques mois ta langue maternelle, et donc je me permets, étant moi-même,
ton papa, amoureux des mots, de te donner, comme ça, sans en avoir l’air, un petit cours de lettres, que tu jugeras bon ou non de retenir, mais je ne t’en voudrais pas si cela n’était pas le cas.
Tu as bien le temps encore avant de te confronter à ce genre d’exigence qui n’amuse que moi en vérité…
Ceci dit, j’espère que plus tard, quand la lecture et l’écriture n’auront plus de secrets pour toi, tu auras toi aussi la même passion des mots que moi, car en
prévision de ton hypothétique intérêt pour les belles lettres, je n’ai de cesse d’acheter des livres qui s’empilent et s’empilent encore dans le salon, à tel point que ta maman se
lamente :
« Mais nous n’avons plus de place dans la maison ! »
Ce qui est vrai, ou commence à l’être, mais que veux-tu, mon beau bébé, on ne se refait pas, et j’aime le contact des livres, je n’y peux rien. Je désespère du
jour où le livre en tant que tel disparaîtra au profit du « e-book », ce satané livre électronique, qui offre certes beaucoup d’avantages, mais qui n’aura jamais le charme et la chaleur
d’un bon vieux livre de papier, que l’on prend plaisir à lire le soir, bien calé dans son fauteuil. Et c’est encore mieux l’hiver, quand les soirées sont longues et qu’un bon feu crépite dans la
cheminée.
Mais n’aie aucune crainte, ma belle petite fille, moi vivant, il y aura toujours quelque part un vrai livre que tu pourras feuilleter et apprécier avec autant
de bonheur que ton papa en son jeune temps.
Mais peut-être que j’extrapole un peu, je ne sais pas. Je suis un incorrigible romantique, et donc de fait je ne peux m’empêcher de noircir l’avenir. C’est bête
je sais, mais c’est ainsi. Mais je sais qu’avec ta venue, je ne pourrai plus voir le monde avec le même regard qu’aujourd’hui. Il ne pourra être que plus beau, puisque tu en feras partie. Il ne
pourra être que merveilleux, puisque je l’affronterai chaque jour avec toi à mes côtés, toi pour me donner la force nécessaire de te protéger contre tout ce que ce monde aura de néfaste à te
montrer.
Mais avant d’affronter le monde réel, tu dois déjà te renforcer de l’intérieur. C’est pour cela que, pendant que je faisais le pied de grue à Deauville avec
Clément et ta tante Myriam, ta maman et ton grand-père Lucien sont allés prendre les eaux et se sont payés une belle journée de thalasso au bord de la mer. En fait, ils ne se la sont pas payée,
cette journée de thalasso, puisque c’était à tous deux, ta maman et ton grand-père, leur cadeau d’anniversaire respectif. Et ils en ont bien profité. Et toi aussi, j’imagine, mon doux bébé. Du
moins, là où tu es, tu as dû ressentir quelques effets bénéfiques des différents bains, massages, et autres enveloppements d’algues marines.
Cela a dû être très agréable pour toi. En tous cas, pour ta maman, ça l’était. Et pour ton grand-père, pour qui cette thalasso était une première, il a
grandement apprécié de se faire dorloter toute la journée, le corps et l’esprit détendus entre les mains expertes de jolies masseuses…
Ce qui fait que samedi soir, chacun est rentré à la maison fatigué mais heureux. Epuisé mais ravi serait les termes plus justes. Quelle journée ! Des
émotions fortes pour tous, dans des domaines bien différents, certes, mais que demander de plus ? Pour ta part, cette fois-ci, tu as eu droit aux délices des bienfaits de l’eau de mer. La
prochaine fois, tu seras juchée sur mes épaules, un stylo et un carnet dans les mains, et tu chasseras l’autographe de star avec ton papa, et ta maman, qui adore ça aussi. Tu verras, c’est un
tout autre genre de sport, mais tout aussi éreintant que de se faire chouchouter par des professionnelles du bien-être…
Ce dimanche a été plus calme, car nous avions tous besoin de nous remettre de notre folle journée de la veille. Nous avons fait quelques brocantes, ta maman,
Clément, ta tante Myriam et moi, et comme d’habitude, ta maman t’a trouvé tout un tas de jolies petites choses pour agrémenter les premiers jours de ton existence, pendant que de mon côté
j’achetais encore et toujours des livres, pour préparer, à ma manière, tous les jours qui suivront les premiers de ton existence.
Voilà mon beau bébé pour notre week-end bien rempli. Ta tante Myriam a repris le train en sens inverse ce matin et est retournée dans sa maison, retrouver ses
enfants, tes cousins Marie, Guillaume, Thomas et Antoine, ainsi que ton oncle Arnaud, son mari, et tes deux grands-parents que tu ne connais pas encore, mon papa et ma maman à moi, Jean-Luc et
Maryvonne. Il y a encore tant de choses que je ne t’ai pas encore racontées, que je crois bien qu’une encyclopédie n’y suffirait pas pour tout te dire !
Voilà, il est temps que je te laisse. Tu as besoin de te reposer maintenant. Il est même temps d’aller nous coucher. Demain sera un autre jour, et je promets de
passer te voir pour te dire un petit bonjour et prendre de tes nouvelles.
Je t’embrasse, ma douce petite fille, et je te dis à très vite.
Ton papa.
Vous dites?