Bonjour ma petite fille,
J’espère que tu te portes bien et que ce long dimanche de pluie te laisse un peu de temps pour me recevoir.
Je pense que tu te portes à merveille, puisque tu sautes et bouges de plus en plus dans le ventre de ta maman, ce qui est bon signe, que tu es en bonne santé et dans les normes de ton cycle de développement. Donc tout va bien et nous en sommes très heureux, nous, ton papa, ta maman, ton frère, ta famille et tous ceux qui savent que tu vas bientôt nous rejoindre en ce bas monde.
En tous cas, ce bas monde, aujourd’hui, est bien triste. Non seulement parce que c’est dimanche, mais en plus un dimanche pluvieux, et qui plus est un dimanche de Toussaint, c’est-à-dire, mon pauvre petit bébé, que dans notre civilisation chrétienne, ce jour est consacré aux morts, à tous nos morts, et que l’occupation principale de cette journée est de se rendre à la messe afin de prier pour nos morts d’une part, puis de se rendre au cimetière afin de se recueillir sur nos proches disparus. Comme tu vois, mon doux bébé, rien de très amusant sous le ciel chargé de pluie de ce dimanche de misère.
C’est pourquoi, ta maman et moi, comme nous ne pouvons rien faire comme les autres, nous avons profité de cette grise journée du souvenir des morts du passé pour nous occuper de l’avenir d’un petit être vivant en devenir, et bien sûr ce petit être en devenir et bien vivant, c’est toi, ma jolie petite fille.
Alors, qu’avons-nous bien pu faire, me demandes-tu, pour nous occuper de toi ?
Et bien, rien de plus simple, mon beau bébé, ta maman et moi avons aujourd’hui installé ta petite chambre dans notre petit foyer, et nous en sommes ravis !
Ravis pourquoi, et bien premièrement parce que l’installation de ta chambre nous a permis de nous débarrasser de notre vieille armoire, qui fut très utile en son temps, certes, mais qui, il faut bien l’avouer, n’avait plus sa place parmi les nouveaux meubles qui prennent place lentement mais sûrement chez nous. Donc, exit la vieille armoire énorme qui nous mangeait toute la lumière de la pièce, et bienvenue à la petite et première chambre de Gabrielle !
Et oui, ça y est, je viens de te révéler ton prénom, je sais. Mais maintenant que les choses commencent vraiment à prendre forme, que tu sautes et bouges à n’importe quel moment de la journée, et que ta présence encore symbolique devient de plus en plus physique et concrète dans notre maison, je pense qu’il est temps de te donner un nom, et de faire de toi une petite personne à part entière, puisque tu fais de plus en plus partie de notre famille.
Donc voilà, te voici, toi, ma jolie petite fille, en ce jour de devoir de mémoire, propriétaire d’une chambre rien qu’à toi et d’un prénom tout neuf. J’espère qu’il te plaît autant qu’il nous plaît à nous, tes parents. Mais tu n’es pas obligée de me répondre tout de suite, je te laisse le temps de t’y faire, car je sais que ce n’est pas facile d’apprendre et d’adopter comme ça son prénom, le petit mot qui va te définir et te concrétiser tout au long de ta vie, le mot qui va dire au monde que tu es toi, qui va te distinguer de tous les autres êtres vivants qui seront tes contemporains durant les longues années de ta future existence.
Gabrielle.
C’est un doux prénom, tu ne trouves pas, ma belle petite fille ? Doux et musical, apaisant. Un prénom qui ta va déjà si bien, que je ne saurais t’appeler autrement.
C’est ta maman qui a suggéré ce prénom, mais lorsqu’elle l’a énoncé la première fois, il était évident pour moi que ce prénom serait le tien. Il est fait pour toi. D’autant qu’il recèle également en lui une petite part de rock n’ roll qui n’est pas pour me déplaire, mais de cela nous reparlerons plus tard, lorsque tu seras en âge de te trémousser sur les rythmes binaires et les riffs de guitare qui balancent.
Pour le moment, contente-toi de sauter et bondir dans le ventre de ta jolie maman, cela suffit amplement à notre bonheur.
Et voilà, ma jolie petite Gabrielle, je voulais juste t’annoncer que ta chambre est prête à te recevoir. Enfin presque, puisque tu n’es pas encore tout à fait là, ton lit n’est pas encore fait, et je n’ai pas encore accroché le petit mobile musical au-dessus de ta tête, pour bercer ton sommeil, mais il n’empêche que ta commode est installée et déjà bien remplie de tous tes premiers vêtements, de tes petites couvertures et autres accessoires, et que sur la table à langer t’attend déjà ta première peluche.
C’est un petit chien au regard un peu triste, peut-être parce qu’il se sent seul et qu’il sera bien plus joyeux lorsque tu viendras le rejoindre dans votre petit domaine. Pour l’instant, nous ne lui avons pas donné de petit nom, car c’est une tâche qui t’incombera plus tard. Tu pourras l’appeler comme tu veux, car c’est ta peluche à toi et rien qu’à toi, ma jolie Gabrielle.
Ca y est, je n’arrête plus de dire ton nom. C’est nouveau pour nous deux, alors profitons-en plutôt que nous restreindre, tu ne crois pas ?
En tous cas, vous ne serez pas seuls dans votre petit domaine, car tous les deux vivrez les premiers temps avec papa et maman, et tous les quatre partagerons la même chambre, ce qui sera merveilleux, car comme ça nous pourrons passer beaucoup de temps ensemble. Oui, ça sera merveilleux, sauf peut-être les premiers mois, du moins les premières nuits quand tu réclameras le sein, que tu nous réveilleras sans vergogne au beau milieu de la nuit et que je devrais me lever aux aurores pour aller travailler.
Mais ce n’est grave, c’est ainsi, c’est la vie, comme on dit. Tous les parents passent par là, alors pourquoi pas moi ? Oh, bien sûr, nous aurions pu t’installer dans une chambre à l’autre bout de la maison et passer des nuits tranquilles, mais des chambres à l’autre bout de la maison, nous n’en avons pas, alors nous faisons avec les moyens du bord, et les moyens du bord sont ceux-ci :
Papa, maman, Gabrielle et la peluche de Gabrielle vont partager la même chambre !
Quelle aventure !
Une grande chambre avec deux lit, celui de papa et maman et celui de Gabrielle, une grande chambre avec une armoire et une commode, l’armoire de papa et maman et la commode de Gabrielle, une grande chambre avec tout plein d’amour dedans pour tout le monde, pour papa, pour maman, pour Gabrielle, et même pour la peluche de Gabrielle, qui affichera certainement un radieux sourire lorsque tu la serreras dans tes bras, ou du moins lorsque tu partageras ton petit lit avec elle, ou avec lui, je ne sais pas encore si c’est une petite peluche garçon ou une petite peluche fille comme toi.
C’est toi qui décideras, ma jolie Gabrielle…
Allez, je vais te laisser maintenant, te laisser rêver à ta nouvelle chambre et à ton petit toutou synthétique qui t’attendent comme nous, avec impatience.
Au fait, si tu veux te faire une petite idée de ton petit endroit rien qu’à toi, je t’envoie ces deux photos, pour que t’habitues plus vite à ton futur et nouvel environnement, et que tu te sentes un peu moins seule là où tu es. Une photo de ton futur compagnon pour te tenir encore plus chaud, que tu peux déjà serrer contre ton petit cœur, si tu le désires.
Je te laisse retourner à tes occupations, et surtout je te laisse de reposer et prendre des forces pour la suite de ta vie qui ne fait que commencer.
Je t’embrasse fort, ma petite Gabrielle, et ta maman t’embrasse encore plus fort que moi.
A bientôt, ma jolie petite fille.
Grosses bises sur tes minuscules petites joues.
Papa et maman.
Ps : il faut que tu imagines tout ça avec plus de nounours et plein de décorations !
Bises.
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